Transition énergétique : la chèvre jaune et le chou vert

Par Michel Gay et Jean-Luc Salanave

L’intervention du Président Macron du 27 novembre 2018 est restée fidèle au fameux "en même temps" qui, comme tout bon politicien, veut ménager la chèvre et le chou.

Le Président veut maintenir le cap de l’Accord de Paris pour le climat et, « en même temps », répondre aux préoccupations de fin de mois des gilets jaunes ; diminuer nos émissions de CO2 et réduire notre production nucléaire ; développer le solaire et l’éolien et ne pas sortir du nucléaire, ni le remettre en cause.

Saisir l'occasion de la révolte ?

Pourquoi ne pas saisir l’occasion du grand mouvement populaire de mécontentement des gilets jaunes pour sortir enfin du compromis impossible "en même temps" qui irrite les uns sans satisfaire les autres ?

L'augmentation continue des taxes sur les carburants a été le déclencheur de la colère contre la baisse du pouvoir d’achat.

Les taxes dites "environnementales" s’empilent depuis le Grenelle de l’environnement de 2007 (plus de 50 milliards d’euros par an). Mais elles sont sans effets sur la réduction de la consommation des énergies fossiles, et donc sur les émissions de CO2 de la France, en hausse depuis 3 ans.

Une première transition réussie en 1973

La première transition énergétique à partir de 1973 s’est pourtant faite sans recours aux taxes, et elle fut efficace pour baisser notre consommation d'énergies fossiles, notamment dans la production d'électricité. Le programme électronucléaire français fut entièrement financé par des emprunts industriels remboursés ensuite par les consommateurs d’une électricité parmi les moins chères d'Europe.

Ces consommateurs ont même prépayé depuis 40 ans les provisions pour charges futures qui attendent sagement aujourd’hui, sur des fonds dédiés encadrés par la loi, d’être affectés un jour aux démantèlements.

Après cette transition électrique réussie (93% de notre électricité est décarbonée grâce au nucléaire et à l’hydraulique), l’heure est maintenant venue de décarboner le transport (essence et gazole) et le chauffage (gaz et fuel) qui sont les deux principales sources d'émissions de CO2 qui subsistent désormais dans notre pays.

Rejet de l'injustice

La grogne des gilets jaunes n’est pas dirigée contre l’écologie, mais contre une politique environnementale qui préfère le bâton à la carotte. C'est le rejet d’une écologie punitive plutôt qu’incitative et positive.

Les français ne supportent plus les pesantes mesures fiscales qui profitent d’abord à des intérêts privés, à des spéculateurs de l'écologie, à des minorités aisées de profiteurs et d’importateurs, plutôt qu'à l'intérêt général.

Les "provinciaux" reprochent aux décideurs parisiens de s’être coupés de la vie quotidienne des plus modestes. Le Premier Ministre a tenté de désamorcer cette « insurrection » en offrant des primes, des chèques énergie, et des aides à la suppression du chauffage au fuel. Mais ces mesures sont jugées insuffisantes et inadaptées par ceux tenus de payer les taxes à la pompe sans bénéficier des primes.

Alors que faire ?

  • 1) Cesser de mettre la charrue des ruineuses énergies renouvelables avant les bœufs de la production de richesses (les centrales nucléaires),
  • 2) cesser de ménager « en même temps » la chèvre citoyenne (habillée en jaune) et le chou « vert » des partis politiques écologistes.

Les taxes et subventions ne remplacent pas la production. Elles n’ont jamais été le moteur durable d’un grand projet national.

Les efforts financiers devraient favoriser une politique industrielle volontariste en faveur du nucléaire afin de mettre en place une réduction de la consommation de gaz et de pétrole en les remplaçant par de l'électricité décarbonée.

Si la voiture électrique s’avère être une solution d’avenir pour les transports routiers en France, alors commençons par construire massivement des voitures électriques compétitives (au lieu de taxer les carburants d’une main, puis de distribuer de l’autre des chèques de conversion aux automobilistes en colère).

Qui, mieux que la France ayant déjà une électricité quasiment décarbonée, peut réussir un grand plan national de transition vers la voiture électrique bon marché ?

Comment ne pas comprendre la colère d’un gilet jaune qui constate amèrement qu’une partie de la taxe sur les carburants sert à subventionner une électricité photovoltaïque payée jusqu’à 63 c€ / kWh ?! (Oui, soixante-trois c€, pour des obligations d’achat contractées en 2009 et garanties jusqu'en 2029 aux producteurs). Cette production d'électricité inutile (nous n'en avons pas besoin) est payée 20 fois plus cher que l'électricité nucléaire (3,3 c€ / kWh, y compris pour Fessenheim) selon la Cour des Comptes.

Les chanceux propriétaires de panneaux solaires peuvent récupérer d’une main en subventions ce qu’ils dépensent de l’autre en taxes à la pompe. Mais les autres ?

Halte aux subventions aux énergies renouvelables !

Au lieu d'accélérer les subventions inefficaces et ruineuses aux éoliennes et aux capteurs photovoltaïques importés, commençons par valoriser les atouts des autres énergies propres (nucléaire, hydraulique, géothermie, forêt, pompes à chaleur).

Pour créer cette dynamique écologique notre pays devra atteler dans le bon ordre les bœufs devant la charrue pour tracer, enfin, le sillon d’une transition écologique supportable par les citoyens, véritablement créateur de valeur industrielle et améliorant l’indépendance énergétique.

L’adhésion des citoyens (portant ou non un gilet jaune) naîtra d’abord de l’espoir d’œuvrer à une entreprise collective utile, concrète, équitable et durable.

Les discussions qui s’ouvrent devront dépasser les intérêts particuliers des lobbies pour privilégier l’intérêt général qui profitera aussi aux plus modestes.

Sinon la "chèvre" jaune pourrait bien manger tout cru le "chou" vert…

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