Les difficultés de l'EPR en France réjouissent l’Allemagne…

Par Michel Gay

Les retards dans le démarrage de la production du nouveau réacteur nucléaire EPR de Flamanville suscitent des critiques et des interrogations. Certains antinucléaires vont profiter de l'occasion pour vanter « l'exemple » de la transition énergétique en Allemagne et les vertus des énergies renouvelables éoliennes et solaires.

Mais est-ce vraiment la solution pour que l'énergie, et notamment l’électricité, reste bon marché, durable, propre, et sûre ?

De quoi s’agit-il ?

La démonstration de sûreté de l'EPR suppose une "exclusion de rupture" des tuyauteries de vapeur qui repose sur une haute qualité de réalisation des composants. Or, après contrôles, il s’avère que certaines soudures ne sont pas au niveau annoncé. Pire, elles ne sont même pas au niveau des réacteurs actuels (sur lesquels la rupture de ces tuyauteries est étudiée).

En 2017, EDF a informé l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) de l'existence de « non-conformités » pour 66 soudures des tuyauteries.

En juillet 2018, EDF a présenté à l’ASN sa stratégie de traitement. Elle a alors proposé de réparer en conservant le principe de l'exclusion de rupture par remise en conformité des soudures concernées, à l’exception de 8 soudures de traversée d’enceinte.

En décembre 2018, l’ASN a saisi l’IRSN afin de recueillir son avis. Cette dernière a répondu dans son avis du 22 mars 2019 qu’il faut procéder à la remise en conformité des soudures concernées plutôt que rechercher à justifier une acceptabilité en l’état.

Etrangement, les deux réacteurs EPR construits en Chine ne semblent pas souffrir de ces mêmes défauts… La France aurait-elle perdu des compétences locales après une interruption de 10 ans dans la construction de réacteurs nucléaires ?

L’Allemagne veut-elle influencer la France ?

Au Sénat en question orale, la sénatrice Anne-Claire Loisier a demandé quel était le bien-fondé de l’existence d’un bureau franco-allemand de lobbyistes des énergies renouvelables établi (infiltré ?) au sein du ministère de l’écologie, et nommé Office Franco-Allemand pour la Transition Energétique (OFATE).

Cet « office » a été créé par les gouvernements français et allemand en 2006 avec des bureaux dans les ministères de l’écologie à Paris et à Berlin, et son comité de pilotage se compose essentiellement de promoteurs des énergies renouvelables.

Une étude d’Agora Energiewende, une ONG appartenant aussi au lobby des énergies renouvelables opposée au charbon et au nucléaire, indique clairement (page 91) que : « L’évolution du parc de production nucléaire en France influera sur la rentabilité du parc à charbon en Allemagne. Le nucléaire a un coût marginal plus faible que le charbon, si bien que sa production peut se substituer à celle des centrales à charbon lorsque qu’il reste des capacités d’interconnexion disponibles. Si des capacités nucléaires sont retirées du mix français, la compétitivité des centrales à charbon maintenues dans le système en Allemagne sera améliorée »…

Cette organisation plaide pour une coopération franco-allemande renforcée afin :

  • « de faire reconnaitre que l’accroissement des productions renouvelables devraient s’accompagner d’une diminution (redimensionnement…) des puissances conventionnelles,
  • de diminuer le nucléaire et de supprimer le charbon ».

Elle incite les deux pays à envisager en commun « une taxe carbone minimale et des mécanismes conjoints de subventions (appelés pudiquement soutiens…) aux énergies renouvelables ».

Avec le développement gigantesque de leurs énergies fatales du vent et du soleil, les Allemands semblent craindre de dépendre d'importations du nucléaire français dans un contexte de sortie du charbon… pilotable.

Mais ils ne manqueront pas de gaz qui sera livré par l’entreprise russe Gazprom pour succéder au charbon… en 2038 !

Et l’engagement est lointain (18 ans). D’ici là, bien de l’eau aura coulé sous les ponts, et les gouvernements allemands se seront succédés…

Et la sécurité d’approvisionnement ?

La Commission européenne rappelle judicieusement que : « Malgré les possibilités de secours inter-frontaliers, la responsabilité pour la sécurité de l´approvisionnement est avant tout l´affaire de chaque pays. La politique énergétique des autres pays européens peut changer et l´évolution des capacités de production des pays voisins est difficile à apprécier ».

Vouloir imposer à un pays les périodes de consommations d'électricité pour qu'elles coïncident avec celles des productions d'énergies renouvelables fatales et intermittentes, est une utopie économiquement et socialement destructrice.

Tout comme vouloir faire croire que le développement à grande échelle du stockage d’électricité (par hydrogène ou autres moyens) sera réalisé dans quelques décennies.

Pour le ministre de l’écologie François de Rugy, la France veut seulement réduire sa dépendance au nucléaire qui doit représenter 50% de son électricité à l'horizon 2035, contre environ 75% ces dernières années. Il s'agit « d'un rééquilibrage dans lequel le nucléaire a sa place ».

Quelles sont donc les justifications techniques (et non idéologiques) de ce « rééquilibrage » insensé qui déplacera la « dépendance » vers l’existence de vents et de soleil, et aussi du bon vouloir des productions allemandes importées de gaz et de charbon ?

Vers un renouveau du nucléaire en France ?

Dans un contexte de retards et de surcoûts de l’EPR de Flamanville, qui pourraient s'aggraver avec ces problèmes de soudures, le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire estimait en début d'année « C'est la sagesse d'attendre que Flamanville ait fait la preuve de son fonctionnement avant d'engager des décisions ».

Le ministre devrait se rappeler que ce réacteur est déjà exporté en Grande-Bretagne, et notamment en Chine où deux EPR… fonctionnent.

Le président Emmanuel Macron avait demandé à EDF, en novembre 2018, "des engagements fermes sur le prix, pour qu'ils soient plus compétitifs. Tout doit être prêt en 2021 pour que le choix qui sera proposé aux Français puisse être un choix transparent et éclairé".

Pour les industriels et le PDG d'EDF Jean-Bernard Lévy, la décision ne doit pas être indéfiniment retardée. Il s’agit de ne pas perdre les compétences françaises dont, malheureusement, certaines semblent avoir déjà fait défauts dans la construction de l’EPR de Flamanville, après plus de 10 ans d’interruption de nouveaux réacteurs.

C'est aussi une question de « sécurité d'approvisionnement » pour la France. Les réacteurs actuels ayant été construits dans une courte période de temps, ils atteindront leur limite d'âge (60 ans) ensemble au tournant des années 2040. Il faut donc anticiper (d’environ 15 ans) leur remplacement pour continuer à bénéficier du nucléaire à terme.

Pour la mise en chantier de nouveaux EPR, le ministre François de Rugy souhaite « qu'un choix politique puisse être fait de la façon la plus transparente et démocratique qui soit, à l'occasion des élections de 2022 ».

Pour un choix démocratique sur le sujet vital de la production d’électricité décarbonée, bon marché, propre et sûre, il est donc grand temps d’éclairer les Français qui pourront éventuellement choisir de sauter de la falaise sans parachute, mais les yeux grands ouverts…

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