Fermeture de Fessenheim le 22 février : Macron sacrifie Iphigénie !

 Par Michel Gay

(Actualisation de l'article paru sur CP le 6 juillet 2018)

Contraint et forcé, EDF a décidé l’arrêt du premier réacteur nucléaire à Fessenheim le 22 février 2020 puis du deuxième le 30 juin de la même année.

Hors la conjoncture politique datant de 2012 nécessitant un accord électoral avec un parti politique minoritaire "vert" pour l'élection de François Hollande à la présidence de la République, il n'y a aucune raison technique, de sécurité, ou économique de sacrifier la centrale nucléaire de Fessenheim.

Un député (LREM) l'a reconnu avec résignation : "Le coup est parti". C'est un sacrifice païen, tel celui d'Iphigénie.

Iphigénie et Cordemais

Sur le conseil d'un devin, Iphigénie (fille du roi Agamemnon) devait être sacrifiée à la déesse Artémis pour que les vents poussent la flotte grecque vers Troie. Iphigénie supplie son père de la laisser vivre.

Mais Agamemnon (Macron) pressé par le devin (le parti écologiste) resta insensible aux supplications de sa fille (Fessenheim). Cependant, la légende se termine bien : alors qu'elle allait périr sous le couteau du sacrificateur, Artémis décida de lui substituer une biche.

Dans la réalité actuelle en France, la nouvelle Artémis, Emmanuelle Wargon, secrétaire d’État à la Transition écologique, appuya au contraire sur le couteau. Mais, étonnamment, elle décida de prolonger jusqu’en 2026 la polluante centrale à charbon de Cordemais pour ne pas « éteindre » la Bretagne en attendant la mise en service de l’EPR de Flamanville... Non, ce n’est pas une blague !

Achat de suffrages et corruption

Après le sacrifice par Lionel Jospin du réacteur Superphénix, également pour cajoler les « Verts », cette odieuse décision de fermeture de deux réacteurs en parfait état de fonctionnement est destinée pour la seconde fois à acheter des voix avec de l’argent public.

Cette abominable destruction volontaire de richesse (un équipement public national valant une dizaine de milliards d’euros) s'ajoute à l'abandon du projet de démonstrateur de réacteur nucléaire de quatrième génération ASTRID. C’est une rançon de plus réglée « en nature » et déposée sur l’autel du parti écologiste pour l’achat de suffrages antinucléaires. Elle va coûter très cher aux Français alors que le gouvernement semble se préoccuper de leur pouvoir d'achat...

Or, un achat de suffrages porte un nom : corruption.

Cet acte de corruption devrait être porté devant la Justice au titre d’un financement illégal de campagne électorale à hauteur du coût faramineux d’un tel marchandage indécent au détriment des contribuables français.

Pourquoi certains élus et responsables politiques sont-ils inquiétés par la Justice pour avoir triché de quelques millions d’euros alors que d'autres resteraient impunis pour avoir triché avec des milliards d'euros d’argent public ?

Les "dons en nature" échappent le plus souvent aux comptabilités et n’apparaissent donc pas dans les comptes de campagne des bénéficiaires.

Il est curieux que ce type de financement occulte effectué "sur le dos" des contribuables et avec leur argent ne soit pas sanctionné au même titre que d’autres financements "directs" qui eux, le sont sévèrement.

La loi impose 63200 mégawatts

La loi de transition énergétique pour la croissance verte (LTECV) résultant de cet accord « sacrificiel » limite la puissance nucléaire installée à celle existante aujourd'hui en France, soit 63200 mégawatts (MW).

L’âge des deux réacteurs de 900 MW de la centrale de Fessenheim (40 ans) la condamnerait alors que les mêmes centrales aux Etats-Unis sont déjà prolongées à… 60 ans.

Et les Américains envisagent déjà 80 ans. C’est même déjà fait pour deux des réacteurs nucléaires de la centrale américaine de Turkey Point autorisés en décembre 2019 à fonctionner jusqu'à 80 ans !

Les élus de la ville de Strasbourg qui ont voté la fermeture de Fessenheim feront certainement le nécessaire pour alimenter l’Alsace avec les centrales au charbon de l'Allemagne quand les deux réacteurs alsaciens seront arrêtés.

Le contre-exemple allemand

La politique énergétique de l’Allemagne a pourtant bien démontré les limites des énergies renouvelables intermittentes malgré ses investissements faramineux dans l'éolien et le photovoltaïque n'aboutissant qu'à 22% de sa production d’électricité. Cette dernière est vendue deux fois plus cher qu'en France aux particuliers, et sa production se traduit par des émissions de gaz à effet de serre (500 g/kWh depuis 10 ans) dix fois plus élevées par kWh qu’en France (50 g/kWh).

Le charbon et le gaz produisent toujours presque la moitié de l’électricité en Allemagne…et le nucléaire en produit encore 11%.

L’aveuglement de nos élus les conduit à prendre pour argent comptant les arguments doctrinaires des opposants au nucléaire.

Au nom d'une fausse idéologie écologique, des obscurantistes s'acharnent à vouloir détruire un acquis industriel et un réseau électrique solide qui a fait ses preuves depuis 40 ans.

Le Président d’EDF est contraint de respecter la loi LTECV (qu’il serait pourtant urgent de réviser) et de donner des gages à son Ministre pour contribuer au développement des énergies renouvelables...

La mission première de cette entreprise est pourtant de fournir au pays l’électricité dont il a besoin en toute circonstance, mais… à un prix compétitif profitant à la fois au pouvoir d’achat des ménages et à la performance de nos entreprises.

Cette décision de fermeture anticipée de Fessenheim, véritable « fait du prince » demeurera un totem de l’incohérence et de l’irresponsabilité de la politique énergétique de la France.

Elle illustre la surdité de nos dirigeants refusant d’écouter les vrais spécialistes scientifiques et techniques (et non ceux qui s’autoproclament comme tels). Ils se contentent de faire semblant de donner la parole au peuple avec de grandes consultations (CNDP) dont les conclusions apparaissent décidées à l'avance.

Eviter le « black-out »

Pour éviter le futur effondrement du réseau d’électricité (black-out) qui se produira en continuant dans cette voie suicidaire, le Président de RTE (François Brottes) déclare pudiquement dans une tribune du Monde que « Pour faire bénéficier la société d’une électricité décarbonée à moindre coût… RTE doit développer des technologies innovantes et évolutives"… qui coûteront chères.

Que ne ferait pas l’ancien député nommé à la tête de RTE par François Hollande pour insérer au chausse-pied les productions erratiques des énergies renouvelables (EnR) dans le réseau d’électricité.

Ces coûts viennent grever le coût facturé par RTE aux distributeurs (EDF et autres qui le répercutent dans le prix),… mais pas aux producteurs d'EnR. Un cadeau pour ces derniers qui n’assument jamais les contraintes de leur production intermittente !

Le "renouvelable" serait concurrentiel avec le nucléaire

Malgré les proclamations la main sur le cœur des investisseurs (souvent étrangers), les EnR (hors hydraulique) restent hors de prix...

Alors que la production des éoliennes et des panneaux photovoltaïques fournit environ 7 % de la production totale, le surcoût annuel atteindrait environ… 7 milliards d’euros (en augmentation) par an pendant 20 ans selon la Cour des comptes. Soit la valeur d’environ un réacteur nucléaire EPR de série chaque année... qui produirait davantage que toute la production photovoltaïque installée aujourd’hui.

Que deviendra ce montant si, comme prévu, les EnR se développent encore davantage?

La Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques (IFRAP, un organisme indépendant) montre que, sans le renouvelable, le prix de l'électricité n'aurait pas bougé depuis 8 ans. Pourquoi cette information n’est-elle pas davantage diffusée par les grands médias radio et TV ?

Avant de quitter son ministère de l’écologie, Nicolas Hulot a trouvé 100 millions d’euros en juin 2018 pour un inutile « plan hydrogène » et la Cour des comptes a déjà chiffré à 134 milliards d’euros la somme qui sera investie au profit des ruineuses énergies renouvelables !

Courage, fuyons !

La construction des six futurs réacteurs nucléaires EPR envisagés est reportée après l’élection présidentielle…

Si le gouvernement ne fait pas preuve de courage et de lucidité, les Français vont vivre le grand frisson car les revendications financières dans la santé, la sécurité, les salaires,… se font de plus en plus pressantes chaque jour. La France manque d'argent pour les hôpitaux, pour les prisons, pour la police, pour les mal-logés, pour les structures d’accueil du troisième âge,…

Dans le même temps, le Ministère des Finances racle les fonds de tiroirs en envisageant de baisser les retraites, les allocations diverses,… tandis que le coût des énergies (gaz, électricité, essence) augmente.

Comme l’a reconnu la députée Marjolaine Meynier Millefert en décembre 2019 au colloque national éolien 2019, les éoliennes ne servent à rien pour la transition écologique puisque l’électricité est déjà décarbonée à 95%.

L'entêtement de nos politiques à détruire la richesse existante (Fessenheim) et à gaspiller autant d’argent dans les ruineuses énergies renouvelables aléatoires et intermittentes qui, rappelons-le, n’apportent aucun bénéfice pour la transition écologique, est une honte.

A défaut de crime contre Iphigénie, ce clientélisme vert pourrait être qualifié de "crime économique contre nos enfants".

 

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