Le principe de précaution tue !

Par Michel Gay et Jean-Pierre Riou

S’il devait s’appliquer à lui-même, le principe de précaution s’interdirait tout seul tant il est dangereux. Les marchands de peur font courir des risques plus grands encore aux moutons qu’ils affolent en agitant leurs épouvantails. La gestion des risques ne doit pas céder à l’émotion mais s'en tenir à la mesure des faits.

Une certaine presse privilégie les titres racoleurs et les articles à sensation à l’objectivité du contenu. Elle préfère se faire l’écho des rapports officiels quand ils sont alarmants plutôt que lorsqu'ils sont rassurants.

Les leçons de Fukushima

L’analyse du tsunami qui a submergé Fukushima en mars 2011 est riche d’enseignements :

La première leçon est que parmi les 20 000 morts, aucun des décès n’est imputable à l’accident dans la centrale de Fukushima Daiichi, ni à ses émissions radioactives.

De nombreux décès ont aussi été provoqués par le déplacement des populations et le stress occasionné[1].

Depuis, de nombreuses études ont mis en évidence les pathologies entraînées par le déplacement[2] des populations et considèrent désormais que cette évacuation a été excessive[3].

  • Une campagne d'un suivi sanitaire de 30 ans a été aussitôt entreprise.
  • L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié un rapport en 2013.
  • Le Comité scientifique de l’ONU sur les conséquences des émissions radioactives (UNSCEAR) a publié le sien en 2014.
  • En France, l’IRSN publie régulièrement[4] les résultats de ce suivi.

Toutes leurs conclusions s’accordent à considérer que les doses reçues ont été faibles, même sur les travailleurs de la centrale. A ce jour, aucune pathologie n’a été décelée, et aucun élément ne permet de conclure que des effets ultérieurs se manifesteront.

Les effets pervers de l’information partisane

Au prétexte de dénoncer un risque, l’information partisane masque la réalité et véhicule des effets pervers.

En effet, s’il est légitime de s’inquiéter des conséquences à long terme de l’exposition aux émissions radioactives, celles de l’exposition au charbon sont en revanche avérées et quasiment ignorées. Elles provoquent pourtant 1850 décès chaque année en Allemagne … et 2490 hors de ses frontières[6].

En incitant les populations à fuir, les marchands de peur les exposent à des dangers plus grands encore.

De même, en dissuadant les populations déplacées[7] de respecter les consignes de retour, ils augmentent les conséquences d’un déracinement prolongé et du stress.

Pour Philip Thomas, professeur en « Risk Management » à l’Université de Bristol, l’évacuation des populations à la suite d’une catastrophe nucléaire représenterait même une grave erreur en raison des dégâts pires encore[8] qu’elle entraîne.

La part des choses

Une mission française s’est rendue à Fukushima en 2017[9]. Les débits de dose journaliers moyens qu'elle a mesurés dans les principales villes impactées se sont révélés inférieures à ceux enregistrés à Cherbourg la même semaine. Les mesures correspondant aux 15 minutes à 40 mètres du réacteur accidenté étaient même inférieures à celles des 11 heures du vol Tokyo-Paris.

Malgré l’accident de la centrale de Fukushima Daiichi, la filière nucléaire reste la moins dangereuse[10] par unité d’électricité produite.

Les ruptures de barrages hydrauliques ont déjà entrainé la mort de plus de 100 000 personnes à Banqiao, en Chine.

Les nombreux accidents dans les mines de charbon viennent grossir le lourd bilan des 300 000 morts provoqués chaque année en Chine par sa combustion, ou des plus des 20 000 décès uniquement en Europe[11].

Et bien que la biomasse soit renouvelable, ses émissions n’en sont pas moins nocives[12].

Trente ans après les milliers de morts de la catastrophe chimique de Bhopal en Inde, il n'y a pas de slogans demandant la sortie du chimique, ni celui de la sortie de l’aviation à chaque crash aérien qui menace pourtant aussi les grandes villes.

Politique de l'énergie et principe de précaution

La politique de l'énergie sous tend toutes les autres. Les choix qu’elle implique modifient en profondeur une société. Mais le militant antinucléaire est convaincu qu’il faut arrêter le nucléaire par tous les moyens, quelles qu’en soient les conséquences, y compris les plus dramatiques.

En démocratie, une information militante des médias peut se révéler redoutable en induisant un comportement autodestructeur d'une majorité de citoyens appliquant de manière excessive le principe de précaution qui peut tuer par panique ou… paralysie !

 

[1] https://www.lesechos.fr/11/03/2017/lesechos.fr/0211872429616_a-fukushima--le-stress-va-tuer-plus-que-la-radioactivite.htm

[2] http://www.jle.com/fr/e-docs/fukushima_impact_de_levacuation_sur_letat_de_sante_des_populations_309290/yb_breve.phtml?pj_key

[3] https://www.sciencedaily.com/releases/2017/11/171120085453.htm?utm_content=buffer38b50&utm_medium=social&utm_source=twitter.com&utm_campaign=buffer

[4] http://www.irsn.fr/FR/connaissances/Installations_nucleaires/Les-accidents-nucleaires/accident-fukushima-2011/fukushima-2016/Pages/3-consequences-sante-accident-nucleaire-fukushima-2016.aspx#.Wowy7ExFyHt

[5] http://www.un.org/fr/ga/70/resolutions.shtml

[6] http://env-health.org/IMG/pdf/dark_cloud-full_report_final.pdf

[7] http://www.europe1.fr/international/fukushima-greenpeace-met-en-garde-les-evacues-autorises-a-rentrer-chez-eux-2984087

[8] https://www.salon.com/2017/11/28/evacuating-nuclear-disaster-areas-can-waste-time-and-money_partner/

[9] http://www.energethique.com/file/ARCEA/pdf/Fukushima_CLI_LaHague.pdf

[10] https://www.forbes.com/sites/jamesconca/2012/06/10/energys-deathprint-a-price-always-paid/

[11] http://www.lemonde.fr/pollution/article/2016/07/05/le-charbon-entraine-23-000-morts-prematurees-en-europe-chaque-annee_4964092_1652666.html

[12] https://www.20minutes.fr/planete/816468-20111102-greenpeace-affirme-biomasse-forestiere-pollue-plus-charbon

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