EDF devient schizophrène… mais se soigne

Par Michel Gay

La Centrale du Tricastin dans la Drome est actuellement en cours de « visite décennale » pendant 6 mois (jusqu’en novembre 2019) pour prolonger l’activité d’un de ses quatre réacteurs au-delà de 40 ans, et jusqu’à 50 ans (au moins…).

Est-ce un « bon investissement » de prolonger des réacteurs nucléaires alors qu'EDF vante, « en même temps », les bienfaits des énergies renouvelables ?

EDF se félicite du choix de cette prolongation. "Le grand carénage est une opération extrêmement rentable. Il n'y a pas de moyen de production pilotable aujourd'hui qui permette de produire l'électricité à ce prix", soit 3,2 centimes d’euros par kilowattheure (kWh), souligne un des responsables du site (Etienne Dutheil).

Est-ce suffisant ?

Ne serait-il pas nécessaire de remettre en chantier de nouveaux réacteurs nucléaires au lieu d’épuiser la France à soutenir les éoliennes et les ruineux panneaux photovoltaïques promus par « EDF Renouvelables », l’autre visage d’EDF ?

N’y a-t-il pas là une contradiction à promouvoir des sources d’énergies fatales et intermittentes, dites "vertes" à tort, qui dépendent du vent et du soleil, et donc non appropriées à nos modes de vie actuels et futurs ? 

Non seulement ces énergies renouvelables (hors hydroélectricité) ne sont pas complémentaires avec le nucléaire, mais elles sont mêmes incompatibles entre elles !

En effet, par la loi, la production nucléaire qui n’émet pas de CO2 doit s’adapter à celle, erratique et fatale, des éoliennes et du photovoltaïque, alors qu’il est préférable d’utiliser le nucléaire décarboné au maximum en continu (en ruban).

D'ici à 2031, l'ensemble des 32 réacteurs de 900 mégawatts (MW) d'EDF dont la prolongation est envisagée devront passer leur quatrième visite décennale. Les travaux déjà réalisés ou prévus représentent un montant total proche de sept milliards d'euros.

Ce coût est intégré dans le programme de rénovation, d'amélioration de la sûreté et de poursuite du fonctionnement du parc nucléaire français, dit de "grand carénage", qui s'élève à quelque 45 milliards d'euros sur la période 2014-2025.

Il faut se rappeler que la production électrique d’un seul réacteur moyen de 1000 mégawatts rapporte un million d’euros par jour !…

EDF fait valoir que ce programme représente un montant d'un centime par kilowattheure (c€/kWh) sur les 15 c€/kWh que paient les clients sur leur facture d’électricité. Le coût de production du nucléaire actuel ne s'élève qu'à 3,3 centimes d'euro par kWh (c€/kWh).

Et en incluant la totalité des coûts (de la mine au stockage géologique, depuis l’origine du programme), la Cour des comptes indique en 2012 un coût de production du kWh pour le parc actuel de 5 c€/kWh en 2012.

Elle confirme en 2014 un coût de l’ordre de 6 c€(2012) /kWh en incluant le grand carénage.

Le futur nucléaire

Le futur coût du nouveau nucléaire dépendra beaucoup du taux d’actualisation (le coût de l’argent prêté) car l’investissement initial de la construction est le poste de dépense le plus élevé (le combustible nucléaire ne coûte « rien » (2% du prix de vente).

Et en plus le coût annuel d’importation de l’uranium (0,8 milliard d’euros) est couvert par ce que rapportent nos exportations d’électricité (un milliard d’euros).

À titre d’exemple, le coût du kWh de Hinkley Point C (Royaume-Uni) double quand le taux d’actualisation passe de 3 % à 10 %. La valeur de 9% a été retenue par EDF pour ce projet et le niveau du prix consenti est de 9,2  pence/kWh soit environ 11 c€/kWh sur 32 ans.

Aucune entreprise à capitaux privés n’aurait pris le risque d’un tel investissement (de l’ordre de 23 milliards d’euros) si le prix de vente sur la durée d’exploitation de l’installation n’était protégé par un contrat de vente à long terme.

Lorsque l’EPR sera construit en série, ce coût s’élèvera à environ 7 c€/kWh, et même 6,4 c€/kWh selon la Société Française d’énergie nucléaire.

Cependant, quel que soit le prix final, il sera largement inférieur à 10c€/kWh dans une dizaine d’années lorsque l’EPR et ses successeurs seront construits en série.

Alors, les avantages des bénéfices cachés d’une production d’électricité nucléaire nationale pilotable massive, et sans gaz à effet de serre, seront très supérieurs aux inconvénients maitrisés.

Construire à nouveau l’avenir énergétique

Le gouvernement a prévu de fermer 14 des 58 réacteurs du parc français à l'horizon 2035 (dont les deux unités de Fessenheim en 2020). Il fait ainsi le pari que la France sera en mesure de faire fonctionner une majorité de ses centrales au moins jusqu'à 50 ans.

L'avenir énergétique de la France dépend donc en grande partie de la réussite du programme d'investissement d'EDF dans le grand carénage de ses réacteurs nucléaires.

Et pour maintenir le plafond de puissance à 63,2 GW, conformément à la loi (LTECV), il faudra construire 8 nouveaux réacteurs EPR de 1,6 GW (soit 12,8 GW) d’ici 2035 pour compenser la perte des 14 réacteurs de 0,9 GW (soit 12,6 GW)…

La double personnalité schizophrénique du groupe EDF devrait bientôt prendre fin.

Écartelé entre le nucléaire qui fait le travail de fond et sa danseuse des énergies renouvelables (pour bénéficier aussi, comme ses concurrents, des juteuses subventions généreusement octroyées par le gouvernement), EDF entame sa scission en deux entités : EDF Vert et EDF Bleu.

EDF « Vert » pourra continuer son affichage écologique à la mode tout en se gavant de subventions sur le dos des contribuables qui n’ont pas encore bien vu la monstrueuse arnaque, tandis qu’EDF « Bleu » assurera la véritable production bon marché, massive et permanente d’électricité pour répondre aux besoins des Français.

Mais que se passera-t-il lorsque l’obligation d’achat ainsi que les subventions « de soutien » aux énergies renouvelables éoliennes et photovoltaïques cesseront ?

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